L’avortement sécurisé, une option pour la réduction des décès dus aux avortements clandestins ?

L’avortement sécurisé, une option pour la réduction des décès dus aux avortements clandestins ?

Entendu comme toute interruption (volontaire ou nom) de la grossesse, les avortements clandestins sont toujours pratiqués en toute insécurité au mépris de la loi et des règles de santé.

En 2004, lorsque l’Organisation mondiale de la Santé sortait une publication sur l’avortement sécurisé, une grande partie de la communauté internationale s’indignait contre la pratique. Mais, peu de temps après, le sujet est devenu une question majeure de santé sexuelle et reproductive. Bien que la conception de l’avortement ait évolué dans le temps, elle reste illégale dans plusieurs pays notamment au Cameroun.

En effet, la loi camerounaise n’autorise l’avortement que dans certaines conditions : grossesse issue d’un viol ou de l’inceste, et quand l’évolution de la grossesse menace la vie de la mère. Dans ces cas, il est dit légal et, contrairement aux avortements clandestins, il est sans risque. Hélas, plusieurs jeunes filles vont encore se faire avorter dans les quartiers au grand mépris des conséquences légales et sanitaire.

Aurèlie (non d’emprunt), 26 ans confie s’être faite avortée deux fois. « … C’est à la deuxième fois que j’ai eu des saignements abondants. Je suis rentrée voir celui qui m’avait fait cela au quartier et il m’a chassé en disant à mes parents qu’il ne me connaissait pas…  Aujourd’hui, même si j’ai pu donner la vie après cela, j’ai gardé des séquelles. J’ai constamment des douleurs atroces au niveau du bas ventre, en plus de cela, je ne peux plus accoucher par voie basse ». 

A l’instar d’Aurèlie, 73 millions de femmes dans le monde pratiquent un avortement chaque année d’après la note publiée le 23 juillet 2020 par l’Institut Guttmacher. Au Cameroun, une étude publiée en août 2017 dans la revue Pan African Medical Journal relève que les avortements (24%) et les grossesses extra-utérines (5,8%) contribuent pour 30% aux décès maternels. Par ailleurs, l’étude souligne que les ces cas de décès sont liés à des avortements clandestins.

L’avortement clandestin n’est jamais sans conséquence. Les risques vont de l’hémorragie à la perforation utérine en passant par une infection de l'utérus pouvant s'étendre dans tout le ventre, les trompes bouchées, l'infertilité, voire la mort. Le Women Health’s Projet (WHP) de l’ACMS Cameroun offre une sensibilisation contre les avortements clandestins et l’accompagnement en collaboration avec les centres de santé du réseau PROFAM, dont le plateau technique permet d’assurer le suivi après avortement. L'ACE-Miso est utilisé pour les femmes qui arrivent à la clinique avec des complications, telles qu’un saignement ou une infection, en raison d'un avortement incomplet ou d'une fausse couche. Le protocole utilisé recommande la pratique de la méthode chirurgicale qui est l’aspiration manuelle intra-utérine, le curage ou aux traitements médicamenteux.

L’avortement , un sujet tabou en Afrique

A travers l’Afrique, les législations sont variables, allant de l’autorisation à la demande de la femme jusqu’à l’interdiction totale. D’après Agnès Guillaume et Clémentine Rossier dans leur ouvrage sur l’avortement dans le monde publié en 2017, seuls 6 pays africains sur 53, autorisaient l’avortement à la demande de la femme durant le premier trimestre de la grossesse à savoir, le Cap Vert, l’Afrique du Sud, la Tunisie, le Mozambique, Sao Tomé et Principe, et l’Angola. Par contre, neuf pays interdisaient totalement la pratique. Pourtant, le droit des femmes à la santé de reproduction impose que l'avortement légal ne soit plus seulement autorisé, mais effectif et intégré dans le programme national de santé de la reproduction.

Ngono Vanessa

Etudiante en master II à l'université de Yaoundé I